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  • Rachel Hussherr

Au fond de la vallée de l'étrange

As-tu déjà vu des personnages d’animation qui te ressemblaient tellement que ça t’a dérangé ? Si oui, c’est que tu as visité la Vallée de l’étrange.


Uncanny valley en anglais, la Vallée de l’étrange est le nom donné à une théorie proposée en 1970 par un spécialiste en robotique japonais. Elle suggère que plus un personnage animé (ou un robot) ressemble à un humain, plus ta sympathie envers lui augmente. Mais cette sympathie disparait brusquement lorsque la ressemblance devient très grande. Elle laisse alors place à un malaise inexplicable. Si la ressemblance augmente encore un peu et devient très convaincante, ta sympathie remonte en flèche.


Si on trace un graphique pour illustrer la sympathie en fonction du degré de ressemblance avec un humain, on a une courbe qui monte continuellement jusqu’à un endroit où elle tombe carrément dans le négatif, pour remonter juste après. La vallée de l’étrange est cette zone de la courbe qui se situe sous la barre du zéro. Dans cette fameuse vallée, le cerveau, au lieu de voir un personnage fictif qui ressemble à un humain, voit plutôt un humain bizarre. De là nait le malaise.


Ce phénomène est loin d’être compris par la science. Les chercheurs ont formulé de nombreuses hypothèses pour l’expliquer. Par exemple, certains situent cette réaction au cœur de l’histoire évolutive d’Homo sapiens. Au fil des générations, celui-ci aurait appris à déceler visuellement la maladie physique ou mentale chez ses semblables, un réflexe essentiel pour garantir sa propre survie. Quelqu’un qui se comporte comme un humain mais pas tout à fait pourrait donc déclencher un signal d’alarme profondément ancré en toi : « attention, quelque chose ne va pas, méfie-toi ».


Mais pourquoi ne pas sauter par-dessus cette vallée de l’étrange : créer des personnages ultra-réalistes et régler le problème une bonne fois pour toute ?

Plus facile à dire qu’à faire. Pour reproduire un sourire qui semble naturel par exemple, il faut plus de 16 paires de muscles qui s’activent au niveau des yeux, de la bouche, du nez, du front… Même avec la technologie actuelle, cette anatomie des émotions est très difficile à capturer.


Le phénomène ne se limite pas à l’animation et à la robotique. Des chercheurs ont remarqué que les patients amputés préfèrent porter une prothèse futuriste au design robotique plutôt qu’une main artificielle plus réaliste !


Autre fait intéressant : il se pourrait que les générations les plus vieilles soient les plus affectées par cette vallée de l’étrange, peut-être parce qu’elles seraient moins accoutumées aux images de synthèse. Et toi, que penses-tu de tout ça ?


 

Publié le 26 novembre 2021 sur le site internet de Québec Science

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